Petits espaces

À Paris, le coup de jeune d’un petit espace avec vue, dans une tour dominant Belleville

Éric de Thoisy et Brahim Mouffok ont revampé un intérieur des années 1960, privilégiant la lumière, la vue, et faisant du béton la star des lieux.
À droite d'une chauffeuse italienne milieu de siècle chine une lampe TOIO d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni. Au fond...
À droite d'une chauffeuse italienne milieu de siècle chinée, une lampe TOIO d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni. Au fond, à gauche d'une étagères de Kai Kristiansen l'entrée sans porte de la chambre.Eric de Thoisy

Dans ce quartier du 20e arrondissement de Paris, non loin de la place des Fêtes, les grosses constructions au béton des années 1960-1970 font désormais partie du paysage. Les premières générations de propriétaires laissent la place à de nouveaux occupants qui ont grandi avec l’architecture des tours et n’y portent pas le même regard, intégrant l’habitat en hauteur dans le panel d’habitats à considérer à Paris comme tant d'autres. C’est aussi l’occasion pour une nouvelle génération d’architectes de se confronter à un type de rénovation inédit mais en plein développement, à l’image d’Éric de Thoisy et Brahim Mouffok, les deux architectes en charge de cette rénovation d’ampleur. « Cette tour fait partie des bâtiments en béton de ces années-là qui furent extrêmement qualitatifs, à la fois en termes de matériaux de construction que d’espaces communs, avec des halls d'accueil très travaillés et de belles prestations, confie Éric de Thoisy. C'est un très beau béton, que l'on a cherché à rendre visible dans le projet. »

L'entre a t ouverte et le plan de circulation plus libre mais plus net permet de focaliser le regard sur des dtails de...
L'entrée a été ouverte et le plan de circulation, plus libre mais plus net permet de focaliser le regard sur des détails de décoration voire de structure comme ici le béton sandwich du mur porteur. Au plafond en béton, des spots sur rails de Roger Tallon pour Erco. Au mur, des étagères en teck de Kai Kristiansen.Eric de Thoisy
Simplifier le plan

Le plan de cet appartement au dixième étage – avec, à la clé, une lumière naturelle abondante, des vues et des couchers de soleil extraordinaires – comporte trop de couloirs par rapport à la taille de l’appartement. La première décision que prennent les architectes est de simplifier la circulation en cassant le plus grand nombre de cloisons ce qui permet de retrouver un plan simplifié avec, par exemple une chambre sans porte de séparation avec le salon mais une originale cloison mobile en aluminium vert fluo entre la chambre et les salle de bains. « Ce plan nous est venu de manière évidente. On était à la recherche du plan quasi parfait car même dans un petit espace, il s'agit de trouver la bonne ligne. Un plan simple permet des décorations beaucoup plus libres. » La cuisine n’est pas ouverte, elle demeure à côté de la pièce de vie, mais séparée.

À droite d'une chauffeuse italienne milieu de siècle chine une lampe TOIO d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni. Au fond...
À droite d'une chauffeuse italienne milieu de siècle chinée, une lampe TOIO d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni. Au fond, à gauche d'une étagères de Kai Kristiansen l'entrée sans porte de la chambre.Eric de Thoisy
Révéler le précieux du béton brut

S'engage ensuite le travail sur les matériaux, avec une intention première : gratter la peinture et les couches d’enduits pour retrouver le béton. Si le duo d’architectes songe à des « verticales béton » associées à un plafond blanc, il tombe, lors de la phase de curage, sur une dalle de plafond « absolument magnifique, un béton brut de l'époque, très qualitatif qui nous a décidés à inverser notre parti-pris pour quelque-chose de plus osé ». Après un ponçage long et, disons-le, fastidieux de l'enduit de plâtre qui recouvre l’ancien plafond, Éric de Thoisy et Brahim Mouffok mettent au jour la vaste dalle de béton qui occupe désormais tout le ciel de l'appartement. Le projet se restructure ainsi autour de cette surface bétonnée à laquelle répond un sol ragréé et ciré : les murs blancs deviennent des horizons sur lesquels la lumière et les rayons du soleil viennent rebondir en de multiples reflets évoluant au fil de la journée. Un morceau de mur porteur du milieu du salon sert de séparation symbolique entre l'entrée et le salon ouvert sur le balcon. On peut y admirer les différentes couches du béton de la construction d’origine, devenu objet de décoration intrinsèque.

L'espace ouvert offre des perspectives et une sensation d'espace. Autour d'une table Atrium  des tabourets Casalino...
L'espace ouvert offre des perspectives et une sensation d'espace. Autour d'une table Atrium (The Good Living), des tabourets Casalino d'Alexander Begge. À gauche, une table basse italiennes des années 1960/1970 chinée et une étagère Mac Gee de Philippe Starck.Eric de Thoisy
Minimalisme et color shock

Si la cuisine conserve sa structure, elle est entièrement curée et, à partir d’une feuille blanche, recréée sur mesure, du plan de travail en béton à l’évier dessiné puis peint en blanc jusqu’aux éléments bas – cubes blancs qui permettent de doubler la surface du plan de travail en offrant des rangements supplémentaires. Leur géométrie est remarquable, le design pur, on imagine le succès s’ils étaient édités sur mesure.
Côté nuit, l’intention est plus radicale en termes de choix de couleurs. « On ne voulait pas quelque chose de neutre. Pas de white cube générique et sans danger car intemporel. Ce qui nous intéressait était plus audacieux : une composition de verts. » Avec une moquette olive-kaki comme point de départ, Éric de Thoisy et Brahim Mouffok imaginent une salle de bains ouverte sur la chambre en béton peint en vert sapin, de la vasque qui paraît taillée dans la masse jusqu’au sol qui court pour rejoindre la baignoire. Une vasque réinterprétation de celle de l'appartement de Rick Owens à Venise qui dialogue avec du mobilier intégré en aluminium laqué vert pomme, comme les façades de dressing toute hauteur sur rail qui s’ouvrent en débordant dans la pièce de vie. Une lame fluo pleine d’insolence, geste radical – et pourquoi pas !

Sur le balcon des jardinières Diabolo de Willy Guhl. À lintrieur une chaise en acier  une lampe Panthella de Verner...
Sur le balcon, des jardinières Diabolo de Willy Guhl. À l’intérieur, une chaise en acier (Dig in Japan), une lampe Panthella de Verner Panton et un miroir K-2000 de Marion Mailaender.Eric de Thoisy
À gauche de l'tagère Mac Gee de Philippe Starck un canap Togo de Michel Ducaroy . Au mur le miroir K2000 de Marion...
À gauche de l'étagère Mac Gee de Philippe Starck, un canapé Togo de Michel Ducaroy (Ligne Roset). Au mur, le miroir K-2000 de Marion Mailaender.Eric de Thoisy
Des années 1960 à 2000

Si le duo n’aime rien tant que fuir le raisonnable et les effets de mode, le choix de mobilier revêt une importance primordiale, car plus l’architecture se simplifie et plus chaque pièce de mobilier assume un rôle essentiel. Ainsi du placard de l'entrée d’origine, en chêne laqué très mid-century et qui, avec ses petites poignées en laiton doré, se marie parfaitement avec l’enveloppe de béton des lieux. La seconde moitié du XXe siècle est convoquée avec du design italien, danois et français des années 1960, 1970 voire 2000. Des lampes signées Achille et Pier Giacomo Castiglioni, des étagères en teck de Kai Kristiansen, des spots sur rail de Roger Tallon, un canapé de Michel Ducaroy…. Les pièces de mobilier choisies, peu nombreuses, se déploient et se répondent : une étagère signée Philippe Starck, un miroir de Marion Mailaender, une lampe de Verner Panton et des jardinières de Willy Guhl… « Le miroir de Marion Mailaender c’était très important, on y tenait beaucoup. L'étagère de Starck, c'est une suite très nerveuse, en biais et puis il y a beaucoup de luminaires des années 1970 mais aussi quelques objets neufs comme la grande table en aluminium de The Good Living qui réverbère bien la lumière elle aussi… » Il est vrai que la vue et la lumière sont les autres matières premières de cet appartement aux couchers de soleil inoubliables.

Autour d'une table Atrium  des tabourets Casalino d'Alexander Begge. Derrière un lampadaire d'Etienne Fermigier. Devant...
Autour d'une table Atrium (The Good Living), des tabourets Casalino d'Alexander Begge. Derrière, un lampadaire d'Etienne Fermigier. Devant, une table basse italienne des années 1960/1970 et un pouf Togo (Ligne Roset). Sur le balcon, des jardinières Diabolo de Willy Guhl.Eric de Thoisy
Le panneau coulissant du dressing de la chambre en aluminium vert fluo passe côt pièce de vie lorsqu'il est ouvert....
Le panneau coulissant du dressing de la chambre, en aluminium vert fluo, passe côté pièce de vie lorsqu'il est ouvert. Étagères de Kai Kristiansen, spots sur rail de Roger Tallon. Porte en verre cathédrale, chinée.Eric de Thoisy
Dans la cuisine entièrement revue les plans de travail en bton ont t couls sur place puis peints en blanc. Ils...
Dans la cuisine entièrement revue, les plans de travail en béton ont été coulés sur place puis peints en blanc. Ils dialoguent avec des rangements muraux en inox, également dessinés sur mesure par les architectes. Robinetterie (Studio Ore). Plafonnier (Blom&Blom).Eric de Thoisy
Les modules de rangement bas dessins et fabriqus sur mesure dans une spectaculaire gomtrie permettent de doubler la...
Les modules de rangement bas, dessinés et fabriqués sur mesure dans une spectaculaire géométrie permettent de doubler la surface du plan de travail en offrant des rangements supplémentaires.Eric de Thoisy
Dtail du bton de la structure. On aperçoit derrière la mince rainure verte du mur qui laisse passer le panneau...
Détail du béton de la structure. On aperçoit, derrière, la mince rainure verte du mur qui laisse passer le panneau coulissant du dressing de la chambre à son ouverture.Eric de Thoisy
Dans l'entre dsormais ouverte un placard en chêne laqu très midcentury est le seul lment dorigine conserv dans le projet...
Dans l'entrée, désormais ouverte, un placard en chêne laqué très mid-century est le seul élément d’origine conservé dans le projet ; il se marie parfaitement avec le béton, d'origine lui aussi et mis au jour. À gauche, une étagère Vardani vintage et une porte en verre cathédrale chinée. Spots sur rail de Roger Tallon pour Erco.Eric de Thoisy
La chambre et son association de bton brut ponc de peinture blanche et d'aluminium vert fluo. À gauche du lit  une lampe...
La chambre et son association de béton brut poncé, de peinture blanche et d'aluminium vert fluo. À gauche du lit (ReFramed), une lampe Parentesi d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni ; à droite, une applique Bendi d'Ezio Bellini chinée.Eric de Thoisy
Avec une moquette olivekaki comme point de dpart Éric de Thoisy et Brahim Mouffok imaginent une vasque en bton peint...
Avec une moquette olive-kaki comme point de départ, Éric de Thoisy et Brahim Mouffok imaginent une vasque en béton peint vert sapin qui court depuis la chambre jusqu'à la baignoire séparée de la chambre par une porte coulissante en aluminium vert fluo, comme les portes de dressing. Au mur, une applique A5 d'Alain Richard des années 1950.Eric de Thoisy