« À deux pas du bois de Boulogne, il s’agit d’un appartement en duplex dans le quartier de la Muette, à la fois radical – lignes droites, matériaux nobles, contrastes forts – et personnel, puisqu’il raconte l’histoire d’un collectionneur d’art et de design, confie l’architecte d’intérieur Léo Schlumberger. L’ensemble est pensé comme un pied-à-terre que l’on peut occuper ou quitter aisément à la façon d’une suite d’hôtel. » Une suite d’hôtel tout de même vaste – 155 m2 –, fluide dans son plan de circulation ouvert dessiné autour de deux contraintes : l’emprise de la cage d’escalier de l’immeuble et la présence d’un second escalier pour évoluer entre les deux niveaux de l’appartement. Ce double impératif va permettre à Léo Schlumberger de générer des espaces surprenants par leurs hauteurs sous plafond multiples dans cet intérieur bourgeois, situé dans un ancien hôtel particulier.
Très vite, il est décidé de se passer de salle à manger et de donner à la cuisine une fonction de pièce de réception à la fois non conventionnelle – sans table ni chaises – mais pensée comme un lieu de convivialité où boire un verre, dîner, se poser, échanger, prendre le petit-déjeuner… Lampes, suspensions et miroirs y conduisent depuis le salon, plus géométrique et contrastée, avec un bois noir brossé teinté et un marbe français Grande Antique, utilisé notamment par les enseignes couture pour leurs points de ventes. « Il y a un côté mode dans cette cuisine qui se fait un peu glamour. Un coin banquette en U pour prendre les repas ou un café justifiant l'absence de salle à manger. »
Le séjour se fait à la fois salon zen et pièce de musique, on y regarde des films allongé au ras du sol ou sur de grands poufs carrés. La technologie, omniprésente, se fait invisible, à l’image du home cinema qui ressemble à s’y méprendre à une cheminée contemporaine, entre petits gadgets et jeux de hauteurs d’assises, de circulation, de lumières.
Le ruban stylisé de l'escalier déborde sur le plafond du salon, répondant aux arrondis des fenêtres, de la console et du lampadaire et des fauteuils dans un dialogue incessant entre lignes fortes, minimalisme et courbes. Dessiné sur mesure et réalisé en staff, travaillé avec une gorge lumineuse, il est le trait d’union statement entre la partie publique et la partie privée de l’appartement. « Il était important de démarquer les deux étages, qu’il soit très clair qu'au premier, c'est l'espace de réception. Ensuite, on change complètement le langage au niveau des chambres aux identités toutes différentes. »
Léo Schlumberger se livre pour le reste à une rencontre des styles et des matériaux. Pierre, métal, bois texturé sont associés à un parquet en bois du Danemark à grandes lames, à des éclairages de Serge Mouille dans une modernité fondée sur des bases classiques. Un style sans effet de style basé sur une histoire du mobilier couvrant le XXe et le XXIe siècle dans une luxueuse simplicité et une esthétique épurée. En haut de l’escalier, le sol est en parquet, mais dans les chambres, la moquette règne.
Parlons matières justement. Le bois est principalement du chêne, brossé naturel, brossé teinté noir et pour le parquet du chêne blanchi danois. La moquette est en laine et soie, les marbres sont Grande Antique, Noir Zimbabwe et Calacatta. Les murs sont travaillés à la chaux dans un blanc léger et il y a du béton ciré dans une salle de bains. Il y a aussi du métal. « C'est un joyeux assemblage de choses qui pourraient ne pas aller ensemble et qui, pourtant, fonctionnent. C'était agréable de travailler comme ça. » Dans cet appartement qui n'est pas chargé, des lampes de Serge Mouille apportent leur part d’histoire dans des allers-retours contemporains qui laissent exprimer la patine, le travail à la gouge. Les métaux sont patinés, la pierre est flammée dans une finition ni lisse, mate ou brillante mais au rendu proche du cuir. On note peu de choses anciennes – un miroir de sorcière dans la salle de bain principale –, ce qui n’empêche pas Léo Schlumberger de chercher à bousculer « la lecture un peu nette de l'enveloppe ». « On s'est amusés, on est allés chercher des jeunes designers, des choses un peu plus antiques et on a mélangé… » En témoignent une sculpture de fesses à l’antique, un tableau représentant une partition de musique en… broderie, une chaise en acier et os de Studio Zbeul… « C'est le premier projet dans lequel je commence à me reconnaître. J’ai eu le temps pour le réaliser, un an, même si c’est assez rapide pour 150 mètres carrés ! » Une belle carte de visite assurément.
leoschlumberger.com

















