Genre et espaces urbains en transition
Les nouveaux paradigmes de la ville inclusive
Résumé
Ce colloque international a pour ambition de contribuer au renouvellement des cadres de réflexion et des pratiques en urbanisme, en intégrant pleinement la dimension de genre dans l’analyse et la conception des espaces urbains. Nous encourageons particulièrement les contributions issues de diverses régions géographiques et celles qui s’appuient sur des recherches de terrain et des études de cas pratiques. Ce colloque sera une opportunité unique d’échange d’idées innovantes et de collaboration à la construction de villes plus inclusives et durables, où les besoins de chaque genre sont pris en compte.
Annonce
Colloque, 21-22 décembre 2026, Inau, Rabat, Maroc
Objectifs
Plusieurs objectifs sont assignés au colloque, dont principalement :
- favoriser un dialogue interdisciplinaire entre chercheurs, praticiens, urbanistes, aménagistes et décideurs autour des enjeux contemporains de l’urbanisme genré. En croisant les approches théoriques, empiriques et opérationnelles, le colloque entend enrichir les débats scientifiques et professionnels sur la fabrique de la ville inclusive.
- promouvoir une meilleure compréhension des inégalités urbaines liées au genre, en mettant en lumière la diversité des expériences vécues dans les espaces urbains et les dynamiques qui les sous-tendent.
- valoriser les recherches, les pratiques innovantes et les retours d’expérience portant sur la conception, la planification et la gestion d’espaces urbains plus inclusifs, sûrs et accessibles.
- encourager l’intégration des enjeux de genre dans les politiques publiques et les démarches de planification urbaine, en identifiant des pistes concrètes d’action et des outils adaptés aux différents contextes territoriaux.
- contribuer à la construction de modèles urbains plus équitables et durables, capables de répondre à la diversité des besoins des populations, dans une perspective de justice spatiale et sociale.
Argumentaire
Dans un contexte de transformations urbaines accélérées, marquées par la métropolisation, l’intensification des mobilités et la diversification des usages de la ville, les modèles classiques de planification urbaine révèlent aujourd’hui leurs limites (Brenner, 2014). Longtemps fondé sur une conception fonctionnaliste et supposément neutre de l’espace, l’urbanisme a en réalité contribué à produire et reproduire des inégalités structurelles, notamment en lien avec le genre (Fainstein, 2005 Laadssi, 2026). Dès lors, repenser la fabrique urbaine à travers une perspective genrée apparaît comme un impératif scientifique, politique et opérationnel.
L’urbanisme genré s’inscrit dans une approche critique de la production de l’espace, en mettant en lumière les rapports de pouvoir qui sous-tendent l’organisation des villes (Lefebvre, 1974). Il repose sur l’idée que les espaces urbains ne sont ni neutres ni universels, mais socialement construits, et que leur conception reflète souvent des normes dominantes (Massey, 1994). Ainsi, les usages, les perceptions et les appropriations de la ville varient selon le genre, mais également selon d’autres facteurs tels que l’âge, la classe sociale ou les appartenances culturelles (Crenshaw, 1991).
Dans cette perspective, la question de la sécurité occupe une place centrale. Le sentiment d’insécurité, bien que subjectif, constitue un déterminant majeur des pratiques urbaines (Pain, 2001 ; Loukaitou-Sideris, 2014). Il influence les trajectoires, les temporalités et les modes de déplacement, et participe à une forme d’auto-limitation dans l’accès à la ville (Pain, 2001, Laadssi 2025). Les espaces publics apparaissent comme des lieux où se cristallisent des rapports de visibilité et de contrôle social (Jacobs, 1961). L’éclairage, la configuration spatiale, la présence d’autres usagers ou encore les dispositifs de surveillance contribuent à produire des ambiances urbaines différenciées, qui peuvent favoriser ou entraver l’appropriation de ces espaces par certains groupes (Jacobs, 1961 ; Loukaitou-Sideris, 2014).
Par ailleurs, les mobilités quotidiennes constituent un prisme particulièrement pertinent pour analyser les inégalités de genre dans la ville. Les pratiques de déplacement ne relèvent pas uniquement de logiques fonctionnelles, mais sont profondément ancrées dans des organisations sociales différenciées (Hanson, 2010).
Les contraintes liées aux rôles sociaux et aux responsabilités de care influencent les formes de mobilité, souvent plus fragmentées et complexes pour les femmes (Sánchez de Madariaga, 2013). De ce fait, les systèmes de transport conçus sans prise en compte de ces réalités peuvent renforcer des inégalités d’accès (Hanson, 2010 ; Schwanen, 2018).
Au-delà des mobilités, l’accès aux infrastructures et services urbains constitue également un enjeu majeur. La localisation des équipements et leur accessibilité participent à produire des inégalités socio-spatiales. Ces inégalités peuvent être particulièrement marquées dans des contextes urbains caractérisés par de fortes disparités territoriales, où les logiques de fragmentation et de ségrégation accentuent les vulnérabilités de certains groupes (Soja, 2010).
Dans ce cadre, le logement et les pratiques de vie domestiques apparaissent comme des dimensions essentielles de l’analyse. L’espace résidentiel, souvent perçu comme privé, est en réalité profondément imbriqué dans les dynamiques urbaines. Sa localisation, sa configuration et son environnement influencent directement les conditions d’accès à la ville et aux ressources urbaines. Les politiques de logement, en tant qu’outils structurants de l’aménagement, jouent ainsi un rôle déterminant dans la production d’inégalités ou, à l’inverse, dans la promotion de formes plus équitables d’habiter la ville (Fainstein, 2005).
En outre, la gouvernance et la planification urbaine jouent un rôle clé dans l’intégration du genre, mais leur efficacité reste limitée par la sous-représentation de certains groupes (UN Women, 2012). Les approches participatives et les outils sensibles au genre constituent des leviers essentiels pour renouveler les pratiques d’aménagement (UN-Habitat, 2020).
Ainsi, l’urbanisme genré invite à repenser en profondeur les cadres d’analyse et les pratiques de la fabrique urbaine (Kern, 2020). Il s’agit de promouvoir des espaces urbains plus inclusifs et équitables. Ce colloque vise ainsi à favoriser un dialogue interdisciplinaire autour de ces enjeux.
Axes de recherche
1 : Urbanisme, Transitions urbaines et Mobilité genrés
La mobilité constitue le vecteur fondamental de l'accès aux aménités urbaines, aux bassins d'emploi et aux différentes opportunités de la ville. Toutefois, les dynamiques et les pratiques de déplacement ne sont pas neutres : elles sont profondément façonnées par des rapports sociaux de genre, des rôles assignés et des temporalités différenciées. A titre d’exemple, les femmes font face à des mobilités structurellement plus complexes, caractérisées par un enchaînement de déplacements multipolaires (articulation des sphères professionnelle, domestique et de soin/care). À cette complexité s'ajoutent des contraintes d'aménagement et des préoccupations sécuritaires majeures qui limitent leur droit à la ville.
Les travaux s'inscrivant dans cet axe auront pour objectif d'interroger l'interface entre choix d'aménagement, genre et expériences vécues du déplacement à travers les questions suivantes : (1) Accessibilité et Mobilité Multipolaire : Comment la planification des transports peut-elle s'adapter aux déplacements non linéaires qui caractérisent le quotidien des femmes ? (2) Perception, Usage et Sécurité : Quels sont les impacts réels du harcèlement, du sentiment d'insécurité, du surpeuplement et des grilles horaires inadaptées sur les choix modaux des femmes et des groupes vulnérables ? (3) Réponses Institutionnelles : De quelles manières les opérateurs de transport et les planificateurs intègrent-ils ces dysfonctionnements dans la conception des infrastructures et la gestion des réseaux ?
Cet axe encourage les contributions empiriques, les analyses de politiques publiques et les retours d'expériences innovantes portant sur infrastructures et Équipements Inclusifs, approches de la « Mobilité Sensible », politiques Publiques et Solutions Innovantes…
2 : Espaces publics, transports et Inégalités Socio-spatiales de Genre
Les espaces publics constituent des lieux fondamentaux de sociabilité, de circulation, de rencontre et d’exercice de la citoyenneté au sein de la cité. Loin d’être neutres, ils sont le reflet de rapports sociaux de genre qui influencent directement leur morphologie, leur appropriation et les expériences vécues par leurs usagers. La fréquentation des places, des rues, des parcs et des infrastructures de loisirs met souvent en relief de profondes inégalités en matière d’accès, de visibilité, de légitimité d’occupation et de sentiment de sécurité.
Cet axe se propose d’interroger les interactions complexes entre le genre et l’espace public en analysant la manière dont ses dimensions physiques, sociales et symboliques façonnent des pratiques asymétriques et différenciées.
3: Accès aux Infrastructures & Services Urbains
L’aménagement et l’organisation de la ville engendrent parfois des barrières invisibles qui accentuent les inégalités d'accès aux services urbains essentiels, qu'il s'agisse des transports, de la santé, de l'éducation ou des infrastructures de loisirs. Les femmes ainsi que les personnes issues de minorités de genre font face à des obstacles spécifiques découlant de la configuration géographique des équipements, des modalités de gestion du temps urbain ou de la persistance de stéréotypes sociaux. L'inadéquation des horaires des réseaux de transport ou le déficit de proximité immédiate des structures de soins et d'accompagnement constituent des freins majeurs à leur émancipation et à leur bien-être.
Cet axe interroge la capacité de l'urbanisme à corriger ces disparités en concevant des infrastructures inclusives et des services équitablement accessibles à tous les genres. Les contributions attendues dans ce cadre chercheront à analyser l'efficacité des choix d'aménagement à travers les questions suivantes : Géographie des Services et Proximité, Temporalités Urbaines et Accessibilité, Infrastructures Adaptées, Planification de la Proximité (Ville du quart d'heure), Politiques Publiques et Aménagements Sensibles…
4 : Genre dans les outils de Planification Urbaine
Le processus de planification urbaine a historiquement été configuré selon une perspective et une dominance majoritairement masculines, reléguant les femmes à une sous-représentation structurelle dans les instances décisionnelles et les cercles de conception technique des villes. Cette asymétrie dans la gouvernance a souvent conduit à une omission des besoins, des rythmes et des usages différenciés dans l'espace urbain. Cet axe vise à analyser les dynamiques de pouvoir, ainsi que les initiatives et stratégies concrètes tendant à intégrer pleinement les perspectives et l'expertise des femmes dans les processus de planification et de décision, et donc, dans la fabrique de la ville.
Afin d'orienter les débats et les recherches, les contributions devront s'articuler autour des interrogations suivantes : Quels leviers managériaux et réglementaires permettent de garantir une plus grande parité dans les équipes de conception et d’aménagement et de planification des villes ? Quelle est la place effective des femmes dans la définition des politiques urbaines et la planification des infrastructures de transport ? Comment l'inclusion des femmes dans les processus de décision redéfinit-elle la programmation et l'aménagement qualitatif des espaces publics ?
Dates à retenir
- Date limite de réception des propositions de communication : 9 novembre 2026
- Réponse du comité scientifique : 23 novembre 2026
- Soumission des textes définitifs : 15 décembre 2026
- Journée du colloque : 21-22 décembre 2026
Modalités de soumission
La mobilité est au cœur de la vie urbaine, mais elle reste fortement influencée par le genre.
Les auteurs sont priés d’envoyer les projets de communication sous forme d’un résumé de deux à trois pages maximum.
Les projets doivent comporter le titre de communication le nom et le prénom des auteurs et leurs affiliations, l’intérêt et les hypothèses, la problématique, la méthodologie adoptée et les principaux résultats et conclusions retenus.
L’abstract peut être soumis en arabe, en français ou anglais.
Les propositions de communication sont à envoyer aux rapporteures scientifiques :
- Sanaa NAKHLI s.nakhli@inau.ac.ma
- Ikrame LAADSSI ikrame.laadssi@inau.ac.ma
Normes de rédaction
Le texte final (environ 20 pages, y compris annexes et bibliographie), doit parvenir à l’adresse mail du comité scientifique sous forme d’un fichier au format Word, caractère Time 12, format A4 marge de 2,5 cm, interligne simple.
Le texte final comprend : le titre de communication, Auteur(s) (Nom(s) et prénom(s), fonction(s) et affiliation(s), mail, résumé de la communication (arabe, français et anglais, mots- clefs et classification JEL). Bibliographie (Auteur (s) : Nom, Prénom, (Année de publication), Titre, Sous - titre, Source, Éditeur, Lieu d’édition.
Comité organisation
- Sanaa NAKHLI (Enseignante-chercheure, INAU)
- Ikrame LAADSSI (Cadre Chercheur, INAU)
Comité scientifique
- Adil ZABADI, INAU
- Sanaa NAKHLI, INAU
- Mohamed HANZAZ, INAU
- Tarik HARROUD, INAU
- Zineb SITRI, INAU
- Hind FTOUHI, INAU
- Ouafa MESSOUS, ENA-Rabat
- Sanae ELJEM, ENA-Rabat
Lieux
- INAU Avenue Allal El Fassi – Rabat-Instituts
Rabat, Maroc (6215)
Fichiers attachés
Mots-clés
- genre, espace urbain, ville inclusive, urbanisme genré
Contacts
- Sanaa NAKHLI
courriel : s [dot] nakhli [at] inau [dot] ac [dot] ma
URLS de référence
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Genre et espaces urbains en transition », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 24 juin 2026, https://doi.org/10.58079/16gie
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